Delhaize Molière : la sauvegarde d’un patrimoine bruxellois grâce à la mobilisation citoyenne.

Une véritable victoire citoyenne ! Il y a un an, je rencontrais pour la première fois l’asbl (pas encore constituée) Unilotunquartier. Je me souviens avoir terminé notre réunion par « cela me semble impossible, mais on va se battre ». Et ils l’ont fait !

Au départ, l’urgence, c’était de contrer ce projet pharaonique qui allait détruire tout un quartier. Souvenez-vous : deux barres se faisaient face à l’intérieur d’un îlot pourtant situé dans une zone remarquable pour son architecture, son charme. Entre les deux barres, un minuscule espace minéral. De quoi s’assurer des conflits de voisinage, du bruit, une mobilité chaotique, une perte de qualité de vie pour tous.

La bouche en cœur, le Collège avait reçu les habitants au Conseil lors d’une interpellation citoyenne en leur assurant leur opposition au projet. Pourtant, la Commission de Concertation avait remis un avis favorable et le Collège avait laissé passer les délais, ce qui rendait leur avis favorable… Bon, après ils ont compris (merci à la mobilisation citoyenne) et rectifié le tir. Comme quoi, il faut toujours penser qu’on peut être acteur de changement.

Puis, l’asbl a élargi son combat en le menant sur deux fronts qui symbolisent pour moi la modernité dans la vision de l’urbanisme. D’abord, ils se sont unis à d’autres associations de défense du patrimoine dans le quartier pour défendre ensemble la notion des « incidences cumulées ». C’est quoi ? Un projet très prégnant dans un quartier ne peut pas être vu « tout seul », sans faire une analyse globale de l’incidence d’autres projets juste à côté, dont l’impact cumulé rejaillit sur tout le quartier. Cessons de saucissonner l’approche du patrimoine! C’est une vision de la ville qu’on demande.

Ensuite, ils ont approfondi l’approche patrimoniale du bien. Certes, l’intérêt patrimonial « classique » est avéré, l’ancien Delhaize Molière étant un bâtiment d’Aimable Delune, architecte réputé. Mais c’est bien plus que ça : lors de la conférence organisée par Unilotunquartier, l’historien Pierre Anagnostopoulos nous a emmenés dans la richesse du patrimoine immatériel du bâtiment. La charpente en fer du Royal-Rinking résonnait des fanfares venues accueillir des stars américaines, la Belgique industrielle et urbaine se déployait devant nos yeux. Surtout, on comprenait- c’est pourtant contre-intuitif- que le Royal-Rinking ne s’est pas greffé sur un quartier existant, mais qu’il a au contraire été commandité par Frédéric Brugmann pour attirer des nouveaux citadins sur ce terrain en friche. J’ai eu longuement l’occasion de développer ce point de « patrimoine immatériel » au Conseil Communal, en demandant le classement du bien. Il s’agit de notre histoire, de notre mémoire collective.

Voilà, c’est gagné. Ouf ! La demande en classement est lancée. Bravo aux habitants ! Merci de nous avoir emmenés dans une véritable réflexion sur la vision de la ville. Et ce n’est pas fini ! Le combat continue.

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